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Thierno Barry : Jean-Marc Guillou voulait investir 500 milles euro par an en Guinée 

Rotterdam – Il était oublié par la plus part des fans du Syli national parce qu’il avait décidé d’évoluer définitivement dans l’ombre sans se faire remarquer. Et pourtant il a été un chouchou du public guinéen à un moment donné. Guineefoot dans son combat de mobiliser toutes les personnes ressources susceptibles de faire avancer le football guinéen, est parti à sa recherche pour le remettre sous les spotlight.

Nous voulons bien évidemment introduire, Thierno Barry (Sur la photo). L’ancien international guinéen a bien voulu s’entretenir avec Guineefoot pour aborder certains sujets, notamment sa fonction actuelle, son expérience en équipe nationale de Guinée et en club et  les éternels problèmes du football guinéen.

 

 

L’ex arrière droit du Syli national, formé à l’Olympique de Marseille, est aujourd’hui agent FIFA. Thierno Barry adore ce qu’il est en train de faire actuellement comme travail. «Je suis agent FIFA depuis un certain temps. Je gère la carrière de certains joueurs qui ne sont pas connus du réseau guinéen. J’essaie de faire de mon mieux pour placer ces jeunes dans les championnats européens et arabes. Je suis très heureux par rapport à ce que je suis en train de faire comme boulot. » Parmi les joueurs qui sont sous le management de Thierno, il n’y a un certain nombre de jeunes guinéens sur lesquels il veut rester discrèt. La raison est simple. « Chez nous, il y a beaucoup de démagogie. Dans ma philosophie, ce n’est pas en plaçant les joueurs guinéens qu’on aidera à faire avancer les choses. La formation à la base est fondamentale.» 

 

La génération de Thierno Barry a été celle qui avait fait revenir la Guinée sur la scène africaine après la longue traversée du désert des années 80, mais elle n’avait pas réussi à hisser le pays sur le toit de l’Afrique. Depuis, des générations de footballeurs se sont succédées au sein du Syli national sans le résultat escompté. Le Syli national n’a pas encore disputé une seule demi-finale de coupe d’Afrique et elle n’a toujours pas réussi à se qualifier à une phase finale de coupe du monde après cinq tentatives d’affilée. Pourquoi les résultats ne sont pas au rendez-vous ? «Je ne détiens pas la réponse, a dit Thierno Barry. Mais je crois que la mise en place des académies est le meilleur moyen d’aider le football guinéen. C’est mieux de mettre en place des centres de formation que de placer les jeunes dans les différents championnats européens.» 

 

Projet de centre de formation avec Abedi Pelé?

 

Justement en parlant des centres de formation, nombreux sont les guinéens qui ont longtemps cru que Thierno Barry a eu il y a une quinzaine d’années, un projet d’académie avec l’ancienne gloire du football ghanéen, Abedi Pelé. Il se trouve que les deux hommes n’ont jamais échangé sur un sujet pareil. «Je n’ai jamais fait partie de ce projet. Abedi Pelé est un grand frère que j’ai côtoyé et je l’ai rencontré récemment à travers son fils André Ayew, un garçon que j’adore non pas du fait qu’il soit talentueux mais parce qu’il est humble et respectueux. Pelé et moi n’avons jamais échangé autour d’un tel projet, ni en privé, ni au téléphone.»

 

Jean-Marc Guillou voulait investir 500 milles euro par an en Guinée

 

Par contre Thierno Barry a eu un autre projet pour la Guinée avec l’ancien international français, Jean-Marc Guillou, qui a formé dans son académie de football d’Abidjan de Sol Béni des joueurs tels que son petit frère, Boubacar Kopa Barry, l’actuel star de Manchester City, Yaya Touré et le Gunner, Gervinho.  « J’ai eu un projet avec Jean-Marc Guillou qui voulait installer la réplique de son académie d’Abidjan en Guinée, a révélé Thierno Barry. Je suis allé à Conakry avec un autre représentant de Jean-Marc. Nous avons rencontré plusieurs responsables du football guinéen à l’époque. On n’a pas pu trouver de répondant par rapport au projet.  Jean-Marc ne demandait qu’une parcelle et il était prêt à investir une somme d’une valeur de 500 milles euro par an. Le retour de la Guinée n’est jamais venu. C’est dommage que nous soyons passé à côté d’un projet pareil car je connais la compétence de Jean-Marc. Je tiens à vous dire que la Guinée l’intéressait beaucoup.  Je qualifie cela de gâchis. On n’avait tout à gagner dans ce projet, on n’avait rien à perdre parce qu’il n’y avait aucun risque à courir. Je rappelle qu’il voulait s’installer en Guinée avant d’aller au Mali. » Cependant, Thierno Barry est toujours disponible pour participer à sa manière à la réalisation d’un centre de formation en Guinée. « Je n’ai pas les moyens d’installer une académie en Guinée mais je suis prêt à être parmi les têtes pensantes.»

 

Comme vous le savez déjà, Thierno Barry est le grand frère de l’actuel gardien numéro 1 de l’équipe nationale de la Cote D’Ivoire. Pourquoi Boubacar a préféré joué pour la Cote d’Ivoire et non pour la Guinée? « Boubacar est l’un des fruits de l’académie de Jean Marc. Quand il a commencé sa formation moi je n’étais plus là. J’ai suivi son développement de très loin. Il a intégré le centre très jeune. À l’époque, il était le seul gardien de l’académie. Il a fait toutes les équipes jeunes de la Cote d’Ivoire. C’est tout naturellement qu’il a commencé à jouer avec l’équipe A. Personne dans la famille ne lui a imposé de faire un choix. Il a juste gravi des échelons pendant sa formation.  Après la Guinée est venue mais il était trop tard.» 

 

Boubacar ayant choisi la Cote d’Ivoire, nous avons voulu savoir comment le grand frère a intégré le Syli national de Guinée.  «J’ai été appelé en équipe nationale de Guinée suite à un tournoi qui avait été disputé à Conakry pendant les vacances. Les joueurs guinéens évoluant à l’étranger avaient été répertoriés et nous devrions jouer contre les footballeurs locaux appartenant aux clubs du pays. Après ce tournoi, j’ai été convoqué pour la première fois en équipe nationale. On n’a joué et gagné 3-0 en déplacement à Ndjamena contre le Tchad. C’était mon meilleur moment en équipe nationale car c’était vraiment émotionnel. Au départ, les responsables de l’Olympique de Marseille m’avaient promis une sélection dans les équipes jeunes françaises. Il était sur le point d’engager ma procédure de naturalisation mais mon papa est moi avions déjà décidé que j’allais jouer pour la Guinée et j’avoue que c’est quelque chose que je ne regrette pas.» 

 

L’aventure de Thierno Barry en équipe nationale n’avait pas longtemps duré. Quatre années après sa première sélection, le charismatique latéral droit a été débarqué de l’équipe nationale. Les problèmes de primes qui ressurgissent aujourd’hui régulièrement au sein de l’équipe nationale, étaient à l’époque aussi au centre des préoccupations des joueurs. À cette période, ce qui irritait le plus Thierno Barry, c’était l’inégalité dans le traitement des joueurs. «Les problèmes sont partout. Par rapport aux primes, je voulais que les professionnels et les locaux soient logés à la même enseigne. C’est ce combat que je menais. Ça m’a valu l’expulsion en équipe nationale. On m’a fait passer pour celui qui foutait la merde. J’ai été ignoré et écarté après notre défaite de 3-0 en Angola. Je n’ai plus été appelé. À la fin, tout le monde était logé à la même enseigne. J’étais très content du résultat de mon combat même si je n’étais plus là. Je ne regrette pas. Moi j’étais un révolutionnaire. Cette différence entre professionnels et locaux ne me plaisait pas du tout. Aujourd’hui, quand je rentre en Guinée, je suis très content de rencontrer mes anciens coéquipiers. Je suis heureux actuellement avec ce que je fais. Malgré mon expulsion, je ne retiens aucun mauvais souvenir pendant que je jouais en équipe nationale. J’essaie de tout relativiser. Pour moi, tout est positif. » 

 

S’agissant de sa carrière en club, le jeune Thierno Barry  est arrivé à l’âge de 13 ans en France et son premier centre fut celui du PSG. « Quand je suis arrivé en France, j’ai intégré le centre de formation du Paris Saint Germain. C’est là que j’ai signé ma première licence en 1986. J’ai joué avec les U15 et les U17 du PSG. Comme il n’y avait pas de contrat en vue, j’ai filé à l’Olympique de Marseille en 1990. Dans ce club je n’ai pas joué dans l’équipe première. Je n’ai disputé qu’un match amical comme stagiaire pro. En 1994, j’ai signé un contrat de 2 ans à Grenoble qui évoluait en National. À l’époque, Grenoble avait reçu de gros investissements, il y avait un grand projet en place. Au bout de six mois, je me suis blessé. D’opération en opération, j’ai été forcé d’arrêter ma carrière de footballeur.» 

 

Malgré les conditions dans lesquelles Thierno Barry a été écarté de l’équipe nationale, il continue à suivre de près le football guinéen. «C’est vrai que je consulte régulièrement Guineefoot pour prendre les informations sur le football du pays. Je vous apprécie énormément. Vous me permettez d’avoir les informations sur le football du pays.» 

 

Par ailleurs, l’ancien joueur de l’Olympique de Marseille est choqué par cette culture de dépendance qui hante la fédération guinéenne de football et par la façon dont le  président de cette institution est élu. «Quand on me dit qu’il faut avoir plein les poches pour diriger la fédération, je dis non. Le football est une entreprise. Dans le football il y a de l’argent. Le foot engendre de l’argent. Nous cherchons des gens qui peuvent enrichir notre football et non des gens riches. Je peux vous assurer que ces personnes existent. Il ne suffit pas seulement d’être riche. Ce qui me peine, c’est quand on me dit que ces gens qui votent doivent toucher de l’argent. Votons parce que la personne a un programme, un projet cohérent,  fiable, qui tient la route. On n’a pas besoin de l’argent de qui que ce soit pour faire tourner notre football. Nous devons chercher des sponsors à l’international.  Lisons le programme et on avancera. Mon premier mal vient de là. Les bons joueurs sont là. Les hommes compétents sont là. Les hommes seront dignes quand ils auront le salaire qu’ils méritent. Ces gens qui sont là, ont besoin d’être formés. Sans la formation, ils ne peuvent pas être à la hauteur des autres. Il y a des gens qui sont là et qui ne sont pas payés. Pensons à salarier ceux qui sont là. On ne peut pas faire du bénévolat et arriver au top. Quand on me dit que l’entraineur adjoint du Syli national, Morlaye Soumah Colovatti,  n’a pas de salaire, je suis choqué. C’est insultant pour mon pays, pour mon football. Colovatti a une famille à nourrir aussi. Le mot patriote, c’est de la démagogie.» 

 

Entretien réalisé par

Tanou

 

 

 

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